Manifeste
Le café qui se laisse vérifier.
Ce qu'on construit, comment, et ce qu'on s'interdit.
Le café est resté une matière première.
Celui qui le cultive travaille la matière. Ceux qui viennent après en écrivent l'histoire et en captent la valeur. Ce n'est la faute de personne en particulier : c'est la forme même de la chaîne, où le café change de propriétaire cinq ou six fois avant d'arriver dans une tasse, et où chaque changement de mains prend sa part.
Nous avons choisi de construire une chaîne où il n'en change jamais.
Trois principes
Le café reste la propriété de celui qui l'a cultivé.
Jusqu'à la vente finale. Nous ne l'achetons pas pour le revendre : nous le transportons, le torréfions, le distribuons — et le producteur nous rémunère pour ce travail. C'est lui le vendeur.
La majorité du prix lui revient, et c'est vérifiable.
51 % du prix hors taxes, mis de côté au moment du paiement, versés à la coopérative, et inscrits dans un registre public que personne ne peut retoucher — nous compris.
Producteurs et consommateurs sont associés dans la même coopérative.
Une personne, une voix. La coopérative mexicaine est membre de la coopérative française : les décisions se prennent avec ceux qu'elles concernent, pas à leur place.
Ce qu'on s'interdit de dire
Qu'on sauve le monde. On organise une filière, à notre échelle, avec les moyens qu'on a.
Qu'on est durable. On transporte du café à travers un océan. On publie notre empreinte plutôt que de la qualifier.
Qu'on est équitable. Le mot appartient à des labels. Nous publions des chiffres et des pièces, et nous laissons chacun juger.
Ce qui n'existe pas encore. Un nom, une parcelle, une note de cupping ne sont publiés qu'au moment où ils existent, et avec l'accord des personnes concernées.
Ce qu'on construit
Une communauté qui considère le café pour ce qu'il est : non pas un produit, mais le travail de gens qui en vivent. Des sociétaires qui financent une récolte avant qu'elle existe, des producteurs qui restent propriétaires de ce qu'ils cultivent, et une coopérative où les uns et les autres décident ensemble.
Lille — Sierra Norte de Puebla, 2026.